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Alliance for a Green Revolution in Africa

Le réseau africain des sélectionneurs de manioc entreprend des actions pour éviter la propagation d’une épidémie du virus dévastateur pour les cultures

Avec le soutien de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), Le réseau prévoit de nouvelles stratégies de sélection, demande des mesures réglementaires

Nairobi, Kenya (18 octobre, 2007) — Une réunion des principaux sélectionneurs de manioc a permis de cerner les actions nécessaires pour mettre un terme à la propagation rapide de la maladie de la marbrure du manioc (cassava brown streak disease (CBSD)). Cette maladie des cultures qui semble reprendre de l’essor est déjà à l’origine d’un petit épisode de famine au Nord du Mozambique, et a conduit les paysans de Zanzibar à largement abandonner la culture de cette denrée alimentaire de base. Les sélectionneurs en Ouganda, au Kenya, en Tanzanie, au Malawi et au Mozambique ont tous insisté sur la menace grandissante que représente cette maladie pour les petits exploitants dans leurs régions.

cassava brown streak disease thumbnail

Les sélectionneurs de manioc, réunis à Zanzibar du 3 au 5 octobre 2007, ont indiqué que pour des raisons qui ne sont pas très claires, la maladie a récemment enregistré une forte augmentation. Cependant, les sélectionneurs ont déjà développé un certain nombre de cultivars résistants à la maladie, et d’autres sont en préparation. Les sélectionneurs ont indiqué que le problème est de faire parvenir ces variétés aux paysans, et que de nombreux gouvernements africains ont des règles d’autorisation rigoureuses qui retardent considérablement l’arrivée des nouvelles variétés dans les champs des paysans.

« Une action conjointe des sélectionneurs de manioc, des paysans et des agences du gouvernement, peut permettre de contenir cette maladie » déclare le Dr Edward Kanju, sélectionneur de manioc à l’Institut International de l’Agriculture Tropicale en Tanzanie. « Une action isolée ou l’inaction aggraveront la faim. Les paysans et leurs familles souffriront, à moins que les experts dans la recherche sur le manioc et les décideurs ne comprennent l’existence de la menace ».

La réunion du réseau africain des sélectionneurs de manioc a permis de rassembler près de 50 personnes venant de huit pays : le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le Mozambique, le Nigeria, le Ghana, le Malawi et le Rwanda. Il y avait des sélectionneurs de cultures, des producteurs de semence et des représentants d’activités liées au commerce et d’organisations non gouvernementales. La réunion a été organisée conjointement par l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) et le ministère de l’agriculture de Tanzanie. L’AGRA, dont le conseil est présidé par l’ancien Secrétaire général des Nations Unies Kofi A. Annan, a récemment offert trois subventions se montant à 553 692 $ US aux sélectionneurs de manioc dans des organisations nationales de recherche agricole au Kenya, au Malawi, et en Tanzanie. L’AGRA a également offert une subvention de157 500$ pour encourager la distribution rapide de quatre variétés de manioc résistantes à la CBSD sur les îles de Zanzibar et de Pemba.

Les sélectionneurs sont d’avis que si la CBSD continue à se propager avec autant de force, les dégâts seront considérables et viendront se rajouter aux pertes liées à une autre maladie, le virus de la mosaïque. La CBSD est responsable de la nécrose des racines comestibles du manioc qui deviennent liégeuses et impropres à la consommation, et peut aussi marbrer et détruire le tissu des feuilles. Une fois installé dans un champ, le virus peut se propager rapidement, et on a pu constater des pertes pouvant aller jusqu’à 100 pour cent. Néanmoins, les sélectionneurs de manioc de la Tanzanie ont développé des matériels tolérants, ce qui pourrait se révéler important pour enrayer l’épidémie. La solution consisterait à intégrer ce matériel génétique dans d’autres programmes de sélection dans la région afin de l’utiliser dans les programmes locaux de sélection.

Le manioc constitue l’alimentation de base de 250 millions d’Africains dans l’ensemble du continent, et ses racines tubéreuses la deuxième culture la plus importante en termes de calories consommées. Elle a servi de réserve contre la famine et présente une tolérance au stress hydrique et aux sols médiocres, ce qui en fait une culture importante pour les paysans africains qui connaissent des périodes de sécheresse plus longues et plus fréquentes. Ses feuilles sont consommées comme légumes et constituent une source bon marché et riche en protéines, vitamines A, B et C, et autres minéraux. L’importance du manioc pour l’Afrique a même été reconnue par le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) de l’Union Africaine, qui a développé une initiative panafricaine du manioc. Le manioc reste néanmoins sensible à un certain nombre de maladies et de ravageurs des cultures, et la majorité des variétés cultivées par les petits exploitants offrent de faibles rendements, limitant le potentiel de ces cultures à contribuer à lutter contre la faim et la malnutrition.

Les sélectionneurs et les paysans se sont associés pour améliorer le rendement et traiter la maladie

Les sélectionneurs ont remarqué que si réduire la propagation de la maladie de la marbrure est une priorité importante, les stratégies de sélection doivent également permettre d’améliorer le rendement du manioc et d’identifier les caractéristiques spécifiques que recherchent les paysans, faute de quoi, il est peu probable que les paysans utilisent les nouveaux cultivars.

Pour le Dr. Ibrahim Benesi, un sélectionneur de manioc de la station de recherche agricole de Chitedze à Lilongwe au Malawi, les améliorations des rendements permettront non seulement d’enrayer la faim, mais sont essentielles à la conservation des environnements africains.

Benesi a indiqué que la production de manioc en Afrique a augmenté, passant de 90 à 145 millions de tonnes au cours des quarante dernières années, et que la production devrait doubler dans les vingt prochaines années. « Cependant, plus de 75% de cette augmentation de la production de manioc est liée à l’augmentation de la surface de la terre cultivée plutôt qu’à une augmentation de la productivité. Pour préserver les environnements africains, les paysans doivent cultiver des surfaces de terre moins importantes », a ajouté Benesi.

Les sélectionneurs du réseau ont recommandé une nouvelle stratégie de sélection connue sous le nom de « sélection participative des paysans », essentielle pour le développement de variétés résistantes aux maladies, à haut rendement, et qui conviennent aux paysans. En utilisant cette approche, les sélectionneurs de cultures associent les paysans locaux à leurs travaux pour identifier leurs préférences au niveau du goût, des capacités de cuisson, de la maturité précoce, d’un bon stockage dans le sol, des racines plus nombreuses par plants, de la résistance aux maladies et aux ravageurs, et des feuilles consommées comme légume agréable. Cette approche permet de s’assurer que les qualités de résistance à la maladie vont de pair avec les qualités qui sont importantes pour le paysan et les communautés locales.

« Cette approche participative des paysans à la sélection des plants est un progrès réel assez récent dans la sélection des cultures » a déclaré George Bigirwa de l’AGRA. « Il y a une décennie seulement, de telles méthodes étaient considérées par beaucoup comme « moins scientifiques » que la sélection pour des rendements maxima dans le cadre d’expériences menées dans des stations de recherche isolées avec des applications massives d’engrais et de pesticides chimiques ».

Lors de cette réunion, les sélectionneurs de manioc de huit pays ont fait un rapport sur le travail participatif de sélection de leurs institutions nationales de recherche. Dans de nombreux cas, c’était la première fois que les sélectionneurs testaient leurs propres variétés développées localement, plutôt que des variétés développées par d’autres dans des stations de recherche éloignées.

Créer l’esprit d’entreprise chez les paysans et renforcer la participation du secteur privé

Certains participants au réseau ont également rappelé qu’il est urgent d’accroître la participation du secteur privé pour soutenir les petits exploitants cultivant du manioc et leur créer des marchés.

Zanzibar a trouvé une solution au problème. Le gouvernement a non seulement autorisé quatre nouvelles variétés tolérantes à la CBSD, mais travaille actuellement dans la région pour encourager l’esprit d’entreprise chez les paysans.

Dans les deux îles de Zanzibar, le manioc était la culture la plus importante après le riz, jusqu’à ce qu’elle soit presque éliminée par une épidémie importante de la maladie de la marbrure du manioc. Grâce à une subvention de l’AGRA, le gouvernement, les sélectionneurs et les paysans ont adopté une approche innovante pour rétablir cette culture. Le gouvernement a déjà autorisé plusieurs cultivars résistants à la CBSD, et a lancé un programme de distribution des cultivars mené par les paysans. Au lieu d’organiser une distribution centralisée des boutures par le ministère de l’agriculture, chaque village choisit un paysan chargé de cultiver des variétés résistantes à la maladie et de les distribuer aux paysans locaux pour une somme minime fixée.

« Avec le soutien de l’AGRA, nous formerons les paysans à multiplier et à diffuser le matériel végétal aux autres paysans plutôt que de nous reposer sur les entreprises » a déclaré M. Haji Saleh du Ministère de l’agriculture de Zanzibar. « Ce système permettra de s’assurer que les paysans ont accès à ces nouvelles variétés de manioc tout en développant en eux l’esprit d’entreprise.»

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A propos de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA)
AGRA est un partenariat dynamique œuvrant à travers le continent africain pour aider des millions de petits exploitants et leurs familles à s’affranchir de la pauvreté et de la faim. Les programmes de l’AGRA proposent des solutions pratiques pour augmenter la productivité et les revenus des petites exploitations tout en protégeant l’environnement. L’AGRA défend des politiques qui renforcent son œuvre dans tous les aspects importants de la « chaîne de valeur » de l’agriculture africaine : les semences, la fertilité des sols, l’eau, ainsi qu’aux marchés, à l’enseignement agricole.

L’AGRA a pour président l’ancien Secrétaire général des Nations unies, Kofi Anan. L’AGRA, grâce au soutien de la Fondation Rockefeller et de la Fondation Bill & Melinda Gates dispose de bureaux à Nairobi au Kenya, et à Accra au Ghana.

Pour de plus amples informations, vous pouvez aller sur www.agra-alliance.org.