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Alliance for a Green Revolution in Africa

Apporter l’ordre au chaos : la crise alimentaire globale est une opportunité pour en finir avec la faim en Afrique

La montée brutale des prix des aliments de base a été le sujet de discussions intenses durant le sommet du Groupe des Huit au Japon cette semaine. Les dirigeants des pays les plus riches du monde se sont engagés à soutenir non seulement l’aide alimentaire immédiate mais également des solutions à long et moyen terme pour la crise alimentaire qui déstabilise de nombreux pays et conduit des millions de personnes vers la faim et la pauvreté.

La crise est particulièrement aiguë en Afrique, où les prix élevés actuels et la pénurie alimentaire ont permis de mettre en lumière la famine silencieuse qui y sévit depuis longtemps et qui affecte 200 millions de personnes, jeunes et âgées, dont 33 millions d’enfants mal nourris. En Afrique, la cause sous jacente de cette famine est une agriculture négligée depuis longtemps au niveau national et international.

Aujourd’hui, le G8 s’est engagé à travailler avec des partenaires africains et internationaux, depuis l’Alliance pour une Révolution Verte en Afrique (AGRA) basée à Nairobi et l’Union Africaine pour un Programme de Développement Agricole Complet en Afrique (CADDP), au Groupe Consultatif pour la Recherche Agricole Internationale (CGIAR) et aux agences des Nations Unies, pour mettre un terme à la pauvreté et à la faim largement répandues en Afrique.

Cependant, si l’Afrique est destinée à voir effectivement plus de résultats que de promesses, le G8 serait bien inspiré de prêter attention aux solutions qui sont déjà mises en place en Afrique. Fermiers, gouvernements, scientifiques, secteur privé, société civile et donateurs poursuivent une série d’initiatives conçues pour lancer une Révolution Verte unique à l’Afrique.

Avant les évènements actuels, les africains avaient mis en mouvement des programmes destinés à améliorer rapidement le rendement des petites fermes (qui atteint aujourd’hui le tiers de la moyenne mondiale), à protéger l’environnement et la biodiversité, à créer des emplois et stimuler l’investissement dans les zones rurales. Leur objectif est d’effectuer une Révolution Verte unique à l’Afrique, adaptée aux réalités du continent : sa grande diversité de cultures, d’environnements et de systèmes agricoles ainsi que la rareté des ressources qui laisse des millions de petits fermiers prisonniers du piège de la pauvreté.

En moins de deux ans, l’AGRA seule a engagé 330 millions de dollars dans des programmes visant les défis à remporter sur toute la chaîne de valeur agricole. L’expérience montre qu’une attention particulière à 10 points clés pourrait donner les meilleurs résultats pour transformer la pénurie de nourriture en surplus alimentaire :

  1. Réinvestir dans le développement agricole. L’aide dédiée au développement agricole a baissé brutalement dans les dernières décennies. Le réinvestissement concerté – estimé à 110 milliards de dollars par an – est nécessaire de la part des pays africains et donateurs. L’investissement devrait se focaliser sur l’amélioration des conditions pour les petits fermiers – en majorité des femmes – qui sont au cœur de l’agriculture africaine.
  2. Améliorer les variétés des cultures africaines pour un meilleur rendement, de meilleures qualités nutritives et une meilleure adaptation à des environnements difficiles et variables. Il y a un demi-siècle, la recherche agronomique a permis d’augmenter les rendements des cultures de blé, de riz et de maïs en Asie et dans les pays de l’Ouest. La même chose est désormais nécessaire pour les cultures de base d’Afrique comme le manioc, le millet, le sorgho, les plantains, le maïs et le riz. Ces nouvelles variétés, développées en collaboration entre les semenciers et les fermiers, doivent ensuite être largement distribuées aux petits fermiers.
  3. Augmenter la fertilité des sols ; améliorer l’accès des fermiers aux engrais organiques et minéraux. Les fermiers africains utilisent un dixième de la moyenne mondiale d’usage des engrais. Avec la hausse importante du prix des engrais, ce niveau, même faible, diminue encore. Résultat : encore plus de nutriments sont éliminés des sols plutôt que d’y être restitués et ce n’est plus qu’une question de temps avant que les terres agricoles deviennent de véritables friches stériles.
  4. Compenser le manque d’eau et l’utilisation inefficace de l’eau grâce à l’usage de l’irrigation à petite échelle et d’autres technologies qui permettent d’utiliser au mieux l’eau disponible. Plus de 90% des fermiers africains dépendent de la pluie pour leurs cultures et seuls 4% des terres ont accès à l’irrigation, comparé à 37% en Asie.
  5. Construire des réseaux de fournisseurs ruraux pour les fermes, des « agro-fournisseurs », afin de donner accès, même aux fermiers les plus isolés, à des semences, des engrais et d’autres intrants agricoles à un prix raisonnable. Améliorer les marchés agricoles par le biais de meilleurs systèmes d’information sur les marchés, un meilleur stockage, une meilleure transformation et de meilleurs échanges de commodités tout en s’attachant à stabiliser les prix et à améliorer l’accès au crédit des fermiers.
  6. Mettre en place des politiques de mitigation des risques telles que des assurances pour les cultures indexées aux conditions climatiques, ce qui est particulièrement important au vu des impacts du changement climatique. La fermière africaine est le seul fermier qui assume seul tous les risques : pas de capital, pas d’assurance, pas d’aide du gouvernement.
  7. Quand cela se justifie, promouvoir des « subventions intelligentes » qui permettent aux fermiers sans ressources d’avoir accès aux semences et aux engrais dont ils ont besoin pour augmenter leur production. Sans assistance, des millions de fermiers resteront incapables d’acheter les intrants agricoles de base que les fermiers du monde entier considèrent comme une évidence.
  8. Soutenir l’investissement des gouvernements vers des services publics tels que des routes rurales, des systèmes d’irrigation, des réseaux d’électricité, la recherche en agronomie et l’éducation.
  9. Soutenir des politiques d’occupation et d’usage des terres qui sécurisent les droits des petits fermiers, en particulier les femmes qui ont des droits limités pour l’accès à la propriété des terres.
  10. Soutenir des politiques commerciales internationales qui mettent à niveau le champ d’action pour les fermiers africains. L’agriculture subventionnée des pays industrialisés enlève toute possibilité aux fermiers africains d’être compétitif sur le marché mondial ou même sur leur propre terrain.

Aujourd’hui, en Afrique, tous les efforts se concentrent sur des programmes et des politiques qui pourraient, à terme, transformer le continent en grenier pour le monde. Les Africains ont construit un cadre et établit un engagement politique pour atteindre une Révolution Verte Africaine. Des politiques d’encouragement nationales et internationales et des réinvestissements importants dans l’agriculture sont indispensables à leur réussite. En se saisissant de la crise actuelle pour prendre en compte les causes à long terme de la pénurie alimentaire en Afrique et en participant à des partenariats pour atteindre les objectifs indiqués plus haut, le G8 pourrait aider à transformer l’urgence d’aujourd’hui en triomphe pour demain.