Le Japon, le NEPAD et l’Alliance pour une révolution verte en Afrique lancent un projet visant à doubler la production du riz en Afrique au cours de la prochaine décennie
Les efforts porteront sur la fourniture aux petits exploitants agricoles de variétés de riz à haut rendement, l’amélioration des sols et le soutien à la nouvelle recherche agricole
Yokohama au Japon (le 29 mai 2008) — Espérant doubler la récolte de riz en Afrique dans les dix prochaines années, un partenariat mené par l'Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et l'Agence Japonaise de coopération internationale (JICA) ont lancé ce jour un projet qui propose une série de mesures pour accroître la production de riz sur le continent.
Le projet qui porte le nom de Coalition pour le développement du riz africain (CARD) vise à réduire fortement la dépendance de l'Afrique aux importations coûteuses de riz grâce au développement et à la distribution aux petits exploitants du continent de nouvelles variétés de riz résistantes. Le financement appuiera également les investissements dans la recherche agricole et l’infrastructure rurale.
« Le riz représente la meilleure possibilité pour l'Afrique de réduire ses importations, » a déclaré le Dr. Namanga Ngongi, président de l'AGRA à la Conférence internationale de Tokyo sur le développement africain (TICAD IV) à Yokohama, « Les prix du riz et d'autres céréales resteront élevés sur les marchés internationaux dans un avenir proche. Il faut des plans novateurs qui contribueront à améliorer l'autosuffisance de l'Afrique en matière de céréales alimentaires de base, notamment le riz. Cette nouvelle initiative devrait permettre de réaliser cet objectif. »
Selon M. Kenzo Oshima, premier vice président de la JICA « le riz est l'aliment de base principal en Asie. Beaucoup de pays asiatiques, notamment le Japon, ont accumulé au fil des siècles une grande expérience et une grande connaissance de la culture du riz. Les conditions qui prévalent en Afrique sont différentes de celles existant en Asie sur le plan de la géographie, du climat, et des aspects socio-économiques, et l’expérience de l'Asie ne peut donc pas être transposée automatiquement. Néanmoins, nous croyons qu'il peut exister une solidarité et un partenariat forts entre l'Asie et l’Afrique, nous permettant de partager nos expériences et d’offrir les meilleurs résultats possibles aux petits exploitants en Afrique. »
Il a ajouté : « l’Asie a réalisé une révolution verte dans les années 1960 -1980, et le riz était au coeur de cette transformation majeure. Etant donné l'importance du riz comme denrée alimentaire de base, et les succès récents des riz NERICA dans des pays comme l'Ouganda, nous pensons que le riz jouera également un rôle essentiel pour réaliser une révolution verte en Afrique. »
La demande de riz en Afrique subsaharienne représente deux fois le taux de la croissance démographique et la consommation de riz se développe plus rapidement que celle de n'importe quelle autre denrée alimentaire de base importante. Un rapport récent d’un des partenaires du projet, le Centre du riz pour l'Afrique à Cotonou au Bénin, indique qu’entre 2001 et 2005, la consommation de riz a augmenté de 5,84% en Afrique subsaharienne et la consommation moyenne de riz par habitant était de 18 kg par an sur cette même période.
A travers l’Afrique, la production locale n’a pas su répondre aux augmentations de la demande. Au cours des 50 dernières années, la production de riz en Afrique a augmenté, passant de 3,14 millions de tonnes à 14,60 millions de tonnes. Cependant sur la même période en Asie, la production de riz a augmenté beaucoup plus fortement, passant de 200 millions de tonnes à 570 millions de tonnes. En outre, l’accroissement de la production en Afrique a exigé une expansion massive des terres cultivées contrairement à l'Asie, soulevant des préoccupations quant à l'impact de la production de riz sur l'environnement.
La forte augmentation de la demande de riz se produit à un moment où la production était presque stagnante. Le plus préoccupant pour les experts est peut-être le « ratio d’autosuffisance » de l’Afrique subsaharienne, mesuré par le rapport production sur consommation, ainsi que le décalage toujours plus important entre la production et la consommation de riz en Afrique. Selon le Centre du riz pour l’Afrique, le ratio d’autonomie a enregistré une baisse continue sur une période de 45 ans, passant de 112% en 1961 à 61% en 2006, époque où le continent comptait sur le marché international du riz pour satisfaire près de 39% de ses besoins de consommation de riz.
« Actuellement, près de la moitié du riz consommé en Afrique subsaharienne est produite localement, a indiqué le Dr. Ngongi. « En Ouganda, 50 pour cent du riz sont importés, ce qui représente une somme de 60 millions de dollars par an. Le Kenya importe près de 86% et les récents épisodes de pyriculariose du riz ont détruit plus de 5 000 acres de cultures dans la principale région rizicole du Kenya. Ceci est un problème important. »
La Pyriculariose du riz est une maladie fongique qui a eu des effets dévastateurs sur plusieurs régions rizicoles, comme très récemment au Kenya où les riziculteurs comptent leurs pertes après l’attaque de leur culture de la saison. Certains ont perdu cette saison jusqu’à la moitié de leur culture.
La nouvelle initiative espère capitaliser sur des programmes qui ont réussi dans des pays comme l'Ouganda et le Nigeria, où les gouvernements ont pu réduire les importations de riz de moitié en quelques années seulement, grâce à des investissements dans les variétés à haut rendement de riz NERICA qui demandent peu ou pas d'irrigation et peuvent pousser sur les hautes terres comme dans les basses terres.
Au cours des quatre prochaines années, les investissements de l’AGRA dans le riz permettront d’améliorer les systèmes de semences et la santé du sol, et de rapprocher les agriculteurs et les marchés. Une partie importante de ce projet concernera la formation de la prochaine génération de sélectionneurs de riz en Afrique et le renforcement des programmes de production et de multiplication des semences dans 14 pays africains. L’initiative fournira également les fonds nécessaires pour procéder à une analyse approfondie des engrais et des approches intégrées de gestion de la fertilité des sols qui donneraient les meilleurs résultats dans les zones agro-écologiques de l’Afrique, et investir dans des approches de la chaîne d’approvisionnement des engrais pour redonner vie aux sols dégradés de l’Afrique.
Le programme investira également dans de nouvelles technologies post récolte pour améliorer la transformation, l'infrastructure et notamment les systèmes d'irrigation si nécessaires ainsi que les systèmes d'information du marché pour les commerçants en céréales. L'initiative espère également pouvoir commencer à mettre en place des énergies renouvelables comme l’énergie solaire et une microproduction d’électricité dans les communautés d’exploitants agricoles ne disposant pas de sources d'énergie fiables nécessaires pour transformer le riz.
« Nous aimerions remercier la JICA pour son esprit d’initiative, ainsi que nos autres partenaires comme le NEPAD, la Banque mondiale, le Centre du riz pour l’Afrique et le FARA qui ont rassemblé leurs forces pour créer une révolution verte en Afrique », a déclaré le Dr. Namanga Ngongi, président de l’AGRA.
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A propos de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA)
L’AGRA est un partenariat dynamique œuvrant à travers le continent africain pour aider des millions de petits exploitants et leurs familles à s’affranchir de la pauvreté et de la faim. Les programmes de l’AGRA proposent des solutions pratiques pour augmenter la productivité des exploitations agricoles et les revenus des pauvres tout en protégeant l’environnement. L’AGRA favorise les politiques qui appuient son œuvre à tous les niveaux importants de « la chaîne de valeur » de l’agriculture africaine : les semences, la fertilité des sols, l’eau, ainsi que les marchés, et l’enseignement en agronomie.
Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies est président du Conseil de l’AGRA. Le Dr A. Namanga Ngongi, ancien Directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial des Nations Unies est Président de l’AGRA. Bénéficiant du soutien de la Fondation Rockefeller et de la Fondation Bill & Melinda Gates, l’AGRA a des bureaux à Nairobi au Kenya et à Accra au Ghana. Pour de plus amples informations, allez sur www.agra-alliance.org.
