Remarques du Dr. Namanga Ngongi, Président de l’AGRA
Le monde est en proie à une crise alimentaire globale. Cela fait bien longtemps que les prix des denrées alimentaires n’avaient atteint de tels niveaux. Les pauvres et plus particulièrement ceux des régions urbaines qui sont acheteurs nets de denrées alimentaires, sont les plus touchés. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 50% au Sénégal, au Cameroun et au Burkina Faso, donnant lieu à de nombreuses émeutes.
Mais paradoxalement, une grande partie des pauvres des régions rurales, en majorité des agriculteurs, se trouve également touchée. L’Afrique est la seule région au monde où les agriculteurs ne peuvent produire suffisamment pour se nourrir. C’est là une anomalie.
La crise alimentaire actuelle a de nombreuses raisons, et la crise en Afrique est liée au fait que le continent ne produit pas suffisamment pour se nourrir. C’est la seule région au monde où la production alimentaire par habitant enregistre une baisse depuis une trentaine d’années. Le rendement moyen des céréales est inférieur à une tonne par hectare et se cantonne à ce niveau depuis plus de 40 ans.
Malheureusement, les politiques précédentes n’ont pas apporté de grand soutien aux petites exploitations. Les programmes d’ajustement structurel ont privé les agriculteurs de toutes les institutions de soutien dont ils ont besoin pour produire des denrées alimentaires pour eux-mêmes d’abord, et pour les marchés ensuite. Ils n’ont pas accès aux semences et aux engrais améliorés. Ils ne peuvent avoir accès au crédit pour investir dans les intrants agricoles. Les systèmes de vulgarisation ont été largement privatisés et nombre de pauvres n’ont pas les moyens de payer ces services. Même lorsque des systèmes de vulgarisation du secteur public existaient, ils se sont effondrés. Les montants investis dans l’agriculture par les bailleurs de fonds ont fortement diminué ces vingt dernières années.
La faible productivité agricole est donc la principale raison de la crise alimentaire en Afrique. L’agriculture a été trop longtemps négligée et l’Afrique en paie actuellement le prix.
Oui, nous devons nourrir les gens aujourd’hui. Ceci impliquera peut-être des subventions pour les consommateurs. Mais c’est un remède qui vaut pour le court terme. La solution à la crise passe par le soutien du consommateur. Ce soutien est nécessaire pour améliorer la productivité agricole et accroître la production alimentaire nationale. L’Afrique a besoin d’une révolution agricole verte qui permette d’accroître fortement les rendements des cultures alimentaires des petits exploitants, améliore la sécurité alimentaire et économise aux pays africains les milliards de dollars actuellement utilisés pour importer des denrées alimentaires.
Les volets de cette révolution verte sont clairs : permettre aux agriculteurs d’avoir plus facilement accès à des semences améliorées pour leurs cultures vivrières; faciliter l’accès des agriculteurs à des intrants agricoles abordables ; améliorer le niveau d’utilisation des engrais et des intrants organiques ; investir dans l’irrigation à petite échelle pour faire face aux effets du changement climatique ; aider les agriculteurs à avoir accès à des crédits abordables ; et améliorer l’infrastructure pour établir un lien entre les agriculteurs et les marchés.
Permettez-moi d’être clair : les agriculteurs africains ne sont pas différents de ceux des autres pays de la planète. Ils peuvent réagir et considérablement améliorer l’offre de denrées alimentaires en augmentant la production locale. Ils ont simplement besoin d’être aidés !
Les gouvernements africains doivent prendre des décisions sérieuses pour développer et appliquer une série exhaustive de programmes de soutien agricole afin d’aider à générer une réponse au niveau de l’offre nationale.
Au sein de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique, nous nous sommes engagés à soutenir les efforts des gouvernements africains pour réaliser une révolution verte. Le moment est venu d’apporter un soutien financier global plus important afin d’aider les pays africains à réaliser leur révolution verte.
Les émeutes alimentaires qui se sont déroulées et les pertes en vies humaines ne sont pas de bons signes. Nous avons besoin d’une révolution verte et non d’une révolution rouge. C’est maintenant qu’il faut entreprendre cette révolution verte.
Merci.
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A propos de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA)
L’AGRA est un partenariat dynamique œuvrant à travers le continent pour aider des millions de petits exploitants et leurs familles à s’affranchir de la pauvreté et de la faim. Les programmes de l’AGRA proposent des solutions pratiques pour améliorer la productivité agricole et les revenus des pauvres tout en protégeant l’environnement. L’AGRA favorise les politiques qui appuient son œuvre à tous les niveaux importants de « la chaîne de valeur » de l’agriculture africaine : les semences, la fertilité des sols, l’eau, ainsi que les marchés et l’enseignement agricole.
Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies est président du Conseil de l’AGRA. Le Président de l’AGRA est le Dr. A. Namanga Ngongi, ancien directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial des Nations Unies. Bénéficiant du soutien de la Fondation Rockefeller et de la Fondation Bill & Melinda Gates, l’AGRA a des bureaux à Nairobi au Kenya et à Accra au Ghana. Pour de plus amples informations, allez sur
Pour de plus amples informations, vous pouvez aller sur www.agra-alliance.org.
