Les exploitants agricoles africains obtiennent l’accès à des variétés de riz ‘pluvial’, résistantes aux maladies
La réunion des sélectionneurs de riz de 10 pays africains propose une stratégie pour améliorer la production du riz afin de faire face à l’augmentation des prix des denrées alimentaires et à la crise des importations
KAMPALA, OUGANDA (23 avril 2008) — Au moment où grandissent les inquiétudes concernant l’impact de la flambée des prix alimentaires et les nouvelles restrictions sur les exportations de riz des pays asiatiques frappés par des conditions climatiques défavorables, l'Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) a annoncé ce jour que les sélectionneurs africains de riz ont réalisé des progrès importants dans le sens de l'auto suffisance et de l’accroissement de la production africaine. Le développement et le lancement réussis de variétés de riz pluvial et irrigué a commencé à augmenter de manière significative la production de riz dans certains pays, notamment en Ouganda.
« La consommation africaine de riz dépasse la production. La production locale ne permet d’assurer que 54 pour cent de la consommation de riz de l'Afrique subsaharienne», a indiqué Jane Ininda, la responsable du programme de l'AGRA lors de la réunion de Kampala. « Les exploitants agricoles ont besoin de nouvelles variétés à haut rendement et adaptées aux conditions locales, pour améliorer les rendements du riz et inverser la crise alimentaire de l'Afrique. Les gouvernements devraient développer des politiques qui accélèrent la sélection et la distribution de nouvelles variétés. Il est urgent d’agir ».
La demande de riz en Afrique subsaharienne représente le double du taux de croissance démographique et la consommation se développe plus rapidement que celle de n'importe quel autre produit de base important. Mais au lieu de voir augmenter la production locale, la demande d’importations est montée en flèche. Au Mali, par exemple, les importations de riz ont doublé sur une période de quatre ans, passant de 51 969 tonnes en 2000 à 105 390 tonnes en 2004. En Ouganda, 50 pour cent du riz sont importés.
L'annonce a été faite à la réunion inaugurale du Réseau des sélectionneurs de riz, un consortium de sélectionneurs de riz et de chercheurs de renommée, et d’entreprises semencières de plus de 10 pays africains. Les avancées récentes ont pu voir le jour en grande partie grâce au financement de l'AGRA de Nairobi, qui a également annoncé des plans ambitieux pour soutenir le développement et le lancement de nouvelles variétés de riz au Mozambique, au Kenya, en Ouganda, au Mali, au Nigeria et au Malawi qui en fin de compte augmenteront la production locale, améliorant la sécurité alimentaire régionale, et réduisant la dépendance trop importante de l'Afrique par rapport aux importations de riz asiatique. Outre ces pays, les participants du réseau venaient du Bénin, du Ghana, d'Afrique du Sud et de Tanzanie.
Les succès récents et les efforts futurs sont axés sur la sélection de variétés adaptées aux conditions locales du riz « Nerica », qui est le fruit d’un croisement résilient et à haut rendement entre une variété africaine et une variété asiatique de riz . Les sélectionneurs du riz Nerica ont gagné le Prix mondial de l’alimentation en 2004. En tant que riz « pluvial », le Nerica n'est pas cantonné à une culture en rizière, permettant aux agriculteurs africains de cultiver le riz dans les endroits qui auraient semblé impossibles auparavant. Mais pour utiliser les Nericas, les fermiers ont besoin de variétés adaptées aux conditions locales, précoces, résistantes aux maladies, ayant l'arôme et le goût que préfèrent les communautés locales, et dotés de « pointes » qui protègent le riz contre les oiseaux affamés.
« Tant que l'Afrique dépend des importations pour satisfaire nos demandes de nourriture, nous connaîtrons des crises alimentaires avec des prix à la consommation qui continuent à monter », dit le Dr. Ngongi Namanga, président de l'AGRA. « Nous devons accroître la production locale. Nous devons cultiver nos propres denrées alimentaires. »
L’AGRA est une organisation fondée sur un partenariat qui oeuvre à travers l'Afrique subsaharienne pour en finir avec la pauvreté et la faim dans les régions rurales en augmentant la productivité et la pérennité des petites exploitations. L’AGRA finance la réunion du Réseau des sélectionneurs de riz et un grand nombre de nouveaux efforts de sélection. Son appui du réseau de sélectionneurs de riz s’inscrit dans le cadre d’une approche exhaustive qui englobe tout depuis le développement et la distribution de semences de haute qualité, jusqu’à l’amélioration de la fertilité des sols et l'agronomie, et le développement de marchés et d’une infrastructure pour l'agriculture.
Le Réseau de sélectionneurs de riz a tenu sa première réunion en Ouganda, et a enregistré récemment des succès dans le développement de variétés de riz pluvial et leur mise à la disposition des agriculteurs. En mars 2004, le Président ougandais Yoweri Museveni a lancé le Projet ‘Upland rice’ avec l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Depuis, la riziculture s'est développée en Ouganda, passant de 4 000 cultivateurs en 2004 à plus de 35 000 en 2007 et la moyenne des surfaces cultivée des régions rizicoles a augmenté considérablement. En outre, l'Ouganda a réduit ses importations de riz de 60.000 tonnes métriques (TM) en 2005 à 35.000 TM en 2007, économisant ainsi aux Ougandais près de 30 millions de dollars US, selon l'organisation agricole nationale ougandaise de recherches (NARO).
Prenant la parole lors de la réunion, le Dr. Dennis Kyetere, responsable de la NARO, a déclaré : « l’agriculture africaine a toujours dépendu de mère nature. De ce fait, nous avons constaté une diminution de notre production en 40 ans et une augmentation de la pauvreté rurale. Plus de 200 millions de personnes sont sous-alimentées. Cela n’a rien d’inexorable. »
« Notre dépendance à l'égard des importations de riz asiatique nous expose à de plus grands risques. Nous devons mettre à disposition de nouvelles variétés et permettre aux agriculteurs d‘y avoir accès » a-t-il ajouté.
La réunion a souligné les efforts actuels pour développer et lancer des variétés de riz améliorées, résistantes aux maladies et pour surmonter les barrières qui empêchent de nouvelles variétés d'arriver jusqu’aux fermiers et d'améliorer la sécurité alimentaire. Le lancement retardé de nouvelles variétés ralentit la commercialisation et empêche les agriculteurs d’avoir accès à de nouvelles variétés améliorées. Pour l’AGRA, ce problème ne fait qu’aggraver l'insécurité alimentaire et la pauvreté des ménages de petits exploitants agricoles.
En Ouganda et en Tanzanie, de nouvelles variétés de NERICA ont été mises à la disposition des exploitants agricoles vers la fin de 2007 avec pour conséquence un accroissement de la production et de la consommation au niveau de l’exploitation agricole. Le lancement plus tôt de trois variétés de riz pluvial en Ouganda en 2002 avec le soutien gracieux de Rockefeller, a permis aux agriculteurs de récolter 9 millions de dollars US en 2005.
La réunion a également fait mention des efforts actuels pour s’attaquer aux maladies comme le virus de la panachure jaune du riz et la pyriculariose du riz qui sèment la désolation chez les agriculteurs dans plusieurs régions, comme récemment au Kenya où les cultivateurs de riz comptent leurs pertes après l’attaque de pyriculariose qui a frappé la récolte de cette saison. Certains ont perdu jusqu'à la moitié de leur récolte de cette saison.
En attendant, le sélectionneur de Tanzanie, le Dr. Nkonki Kibanda raconte que le Ministère des services agricoles du pays a identifié des variétés locales résistantes au virus de la panachure jaune du riz, qui peut détruire 90 pour cent des rendements du riz. Kibanda espère que de nouvelles versions résistantes à la maladie, de la variété préférée des exploitants agricoles connue sous le nom de Supa, seront disponibles à l’horizon 2009.
Lien entre les sélectionneurs et le secteur privé
Cependant, le développement de nouvelles variétés n’est qu’une première étape. Un deuxième défi majeur consiste à multiplier de nouvelles variétés en grandes quantités et à les faire parvenir aux agriculteurs. Ceci exige que les organismes publics de sélection travaillent plus étroitement avec les petites entreprises semencières privées, pour aider à la création d’un secteur africain privé des semences qui soit réactif aux besoins des petits exploitants.
Selon Ininda, l'Ouganda est un bon exemple de ce genre de collaboration. « Des entreprises comme FICA, Naseco et Victoria seeds, travaillant avec les sélectionneurs publics, ont joué un rôle majeur dans le succès des variétés de riz de Nerica en Ouganda, » dit-elle. Les entreprises semencières ont vu leurs ventes annuelles passer de zéro à 3.500 tonnes métriques au cours des six dernières années.
Dans le passé, la distribution de semences était le plus souvent entre les mains de gouvernements nationaux disposant de ressources financières très limitées. De leur côté, les entreprises semencières avaient peu intérêt à encourager la vente de cultures africaines aux petits exploitants, car la marge bénéficiaire serait trop faible. Pour compenser cette lacune dans les systèmes de distribution de semences, l’AGRA s’est appliquée à faciliter la croissance du secteur privé en Afrique en proposant des prêts et une assistance technique aux petites et moyennes entreprises semencières, permettant aux agriculteurs d’avoir accès à des semences de meilleure qualité, adaptées aux conditions locales.
« Outre l'Ouganda, des industries nationales de semences s’installent également au Mali et au Mozambique, » dit George Bigirwa, le responsable du programme de l'initiative africaine de production de semences de l'AGRA. « Pour que le secteur privé des semences se développe et serve efficacement les petits exploitants, les décideurs doivent donner à ces jeunes entreprises africaines la liberté de fonctionner et d’avoir accès sans restriction à des variétés sélectionnées dans le public. Là où cela se pratique, les agriculteurs ont accès à de nouvelles variétés à haut rendement. »
Le réseau de sélectionneurs de riz, regroupant les secteurs publics et privés, œuvre pour s’attaquer à ces problèmes.
« Nous aimerions que d'autres gouvernements soutiennent les entreprises du secteur privé», dit Bigirwa. « Cette approche public privé a fonctionné en Ouganda, et ainsi, depuis 2002, cinq nouvelles variétés de riz ont été mises à la disposition des agriculteurs. Le Kenya aussi évolue rapidement dans cette direction. Nous avons besoin que d'autres gouvernements avancent et prennent d’autres initiatives».
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A propos de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA)
L’AGRA est un partenariat dynamique œuvrant à travers le continent pour aider des millions de petits exploitants et leurs familles à s’affranchir de la pauvreté et de la faim. Les programmes de l’AGRA proposent des solutions pratiques pour améliorer la productivité agricole et les revenus des pauvres tout en protégeant l’environnement. L’AGRA favorise les politiques qui appuient son œuvre à tous les niveaux importants de « la chaîne de valeur » de l’agriculture africaine : les semences, la fertilité des sols, l’eau, ainsi que les marchés et l’enseignement agricole.
Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies est président du Conseil de l’AGRA. Le Président de l’AGRA est le Dr. A. Namanga Ngongi, ancien directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial des Nations Unies. Bénéficiant du soutien de la Fondation Rockefeller et de la Fondation Bill & Melinda Gates, l’AGRA a des bureaux à Nairobi au Kenya et à Accra au Ghana. Pour de plus amples informations, allez sur
Pour de plus amples informations, vous pouvez aller sur www.agra-alliance.org.
