Skip to main content

Growing Africa's Agriculture

Un forum du secteur privé sur le développement agricole en Afrique s'engage dans l'action

Au cours de la conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire internationale, qui s’est tenue du 3 au 5 juin 2009, Monsieur Kofi A. Annan a présidé un Forum du Secteur Privé dont le but était de susciter des actions concrètes de la part des industries afin d’assurer la sécurité alimentaire et de donner une impulsion au développement agricole en Afrique. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a organisé le Forum, qui réunissait des dirigeants des industries des semences, de l’alimentation animale et des engrais, l’Alliance pour une Révolution Verte en Afrique (AGRA) ainsi que la Fondation Bill et Melinda Gates. Le Forum privé a été suivi d’une conférence de presse publique.

Au cours de son discours d’ouverture du Forum du Secteur Privé, M. Annan a noté que « les opportunités de former des partenariats privé/public pour améliorer la sécurité alimentaire africaine n’ont jamais été aussi favorables…Lorsque le secteur privé s’allie avec les gouvernements et la société civile pour se focaliser sur les causes à long terme de la faim et de la malnutrition, l’urgence d’aujourd’hui devient le triomphe de demain.

Les dirigeants industriels reconnaissent que l’agriculture a repris sa place sur les agendas nationaux et internationaux et que l’accroissement de la productivité en Afrique, où les rendements céréaliers atteignent un quart de la moyenne mondiale, est essentiel pour assurer la sécurité alimentaire du globe.

Le Dr Akin Adesina, Vice-Président des politiques et partenariats pour l’AGRA, a noté que le Forum du Secteur Privé «  a conduit les participants à réaliser que nous devons rapidement mettre en place des mesures à moyen et long terme pour augmenter la productivité agricole… Nous sommes tous d’accord sur le besoin d’établir des partenariats privé/public. Les gouvernements ne s’en sortiront pas seuls. Tous les efforts devraient être faits pour encourager une collaboration productive

Une part importante de cette équation, a insisté Akin Adesina, est l’adoption de mesures favorables aux pauvres et à l’agriculture. L’AGRA, par exemple, soutient des politiques qui donnent aux petits fermiers le support dont ils ont besoin – y compris l’accès à un financement abordable et des « subventions intelligentes », des coupons distribués par les gouvernements par le biais des distributeurs privés qui mettent entre les mains des fermiers des semences améliorées et des engrais.

Les questions de politiques à long terme discutées pendant le Forum portaient sur les réglementations commerciales nationales et internationales, sur les réglementations nationales sur les semences et sur le soutien amélioré à la recherche et développement en agriculture.

Les représentants des trois industries ont souligné ce qu’ils pouvaient faire pour améliorer la sécurité alimentaire, dès maintenant et sur le long terme.

Un certain nombre de points-clés évoqués par les participants au Forum et à la conférence de presse sont présentés ci-dessous.

Monsieur Marcel Burins, Secrétaire Général de la Fédération Internationale des Semenciers (ISF)

La semence est le départ de tout » a expliqué Marcel Burins. Il note que les semences sont nécessaires pour produire les aliments destinés à l’Homme, les aliments pour animaux et des fibres. Une industrie semencière solide est nécessaire dans les pays où la malnutrition atteint des niveaux élevés. En comparant des cartes du monde représentant les adhérents de l’ISF et la malnutrition, il démontre que les pays ayant le niveau le plus élevé de malnutrition n’ont pas d’industrie semencière et pas de systèmes forts de réglementation des semences. « Pour un flux continu de variétés de bonne qualité, il faut une industrie semencière forte.

Marcel Burins a demandé que des occasions soient créées pour que les jeunes étudient l’agronomie et que des partenariats public/privé développent des « plans d’action coopérative pour les semences » dans les pays en voie de développement. Il a également demandé que les dons de semences soient faits sans dommages pour l’industrie semencière locale et a noté le besoin de politiques qui facilitent, et non bloquent, la privatisation de l’industrie semencière. Il a demandé l’établissement de structures réglementaires pour évaluer et approuver de nouvelles technologies sur les semences.

Pour répondre à la crise alimentaire actuelle, Marcel Burins a indiqué que l’ISF est engagée dans des partenariats public/privé en cours, y compris avec l’Agence Américaine pour le Développement International et la Fondation Bill et Melinda Gates. Il a également indiqué que le secteur des semences continuera à faire ce qu’il sait faire le mieux : se focaliser sur la mise au point de variétés mieux adaptées, y compris des variétés résistantes aux maladies et à la sécheresse.

Thorleif Enger, PDG de YARA et Président de l’Association Internationale de l’Industrie des Engrais (IFA)

Thorleif Enger a précisé que l’industrie des engrais se tient prête à contribuer à une réponse immédiate à la crise alimentaire, que cela soit par une aide alimentaire ou des dons financiers. « S’il s’agit de fermiers ayant besoin d’engrais, des engrais peuvent être donnés. Mais il s’agit là d’une situation qui ne doit pas se répéter » explique Thorleif Enger. « Sur le long terme, il faut des recherches en agronomie, nous avons besoin d’établir à nouveaux des services d’extension afin que les fermiers puissent apprendre comment mieux utiliser les intrants ».

Thorleif Enger a indiqué que l’IFA se concentre aujourd’hui sur ce qu’il est possible de faire à moyen terme, sur les 5 années à venir.

Soulignant les variations importantes du coût des engrais si l’on considère celui-ci jusqu’à la porte de chaque exploitation agricole, Thorleif Enger indique qu’il serait tout à fait envisageable de réduire le coût des engrais en réduisant le coût lié aux transactions comme le coût du transport. En Thaïlande, les coûts de transactions atteignent 19% du prix de l’engrais alors qu’ils sont à 50% en Tanzanie et qu’ils vont jusqu’à 85% dans un pays enclavé comme le Mali.

Pour réduire ces coûts de transaction, l’IFA propose de développer des « couloirs de fournitures agricoles » y compris celui qui se lance actuellement à Dar Es Salam. Ces couloirs permettront de promouvoir l’utilisation efficace des ports et de coordonner le développement de voies ferrées, de routes et de zones de stockage ainsi que de développer des sources de crédit abordable. « C’est là que nous voyons le potentiel des partenariats public/privé, afin qu’ensemble nous puissions abattre ce coût énorme pour le fermier » explique Thorleif Enger, ajoutant que l’IFA s’attachera à développer l’un de ces couloirs à Dar Es Salam.

En outre, cette association s’est engagée à travailler avec les fermiers pour s’assurer qu’ils obtiennent les informations nécessaires pour utiliser au mieux les engrais, afin qu’ils améliorent leurs rendements et augmentent l’efficacité de l’usage des engrais de façon responsable vis à vis de l’environnement.

Fred Stephens, Président de la Fédération Internationale de l’Alimentation Animale (IFIF)

La production mondiale agricole destinées à l’alimentation animale est estimée à 900 millions de tonnes. La demande de viande est en augmentation et les facteurs majeurs de cette hausse sont la croissance de la population mondiale et du revenu par tête, en particulier dans les économies émergentes de Chine et d’Inde, explique Fred Stephens. Il a noté que, au cours des 15 dernières années, la demande de viande a triplé en Chine, et que la demande alimentaire des marchés émergents a augmenté de 45% depuis 2001.

Stephens a également indiqué que « l’indice de la spéculation sur les commodités » contribue largement à la hausse des prix. La valeur de l’investissement sur les « futures » de commodités est passée de 25 milliards de dollars à 260 milliards de dollars au cours des 5 dernières années, ce qui a contribué à la hausse du prix des commodités ».

Fred Stephens a indiqué que l’industrie de l’alimentation animale se focalise sur 3 zones majeurs pour aider à résoudre la crise alimentaire internationale, qu’il nomme PET : Politiques, Education, Technologie.

Sur le premier point : « Pour continuer à fournir des protéines animales abondantes et efficaces, nous devons revoir les politiques gouvernementales relatives aux barrières commerciales qui peuvent créer des obstacles au transfert d’ingrédients et d’aliments finis » a indiqué Fred Stephens.

Il a noté que l’industrie de l’alimentation animale collabore avec la FAO pour fournir une expertise éducative par les membres de cette industrie dans les pays développés vers ceux des pays émergents. Fred Stephens a insisté sur l’importance d’augmenter les investissement de recherche et développement en agriculture, en particulier sur la génétique et la nutrition, sans exclure les technologies OGM. Il a estimé que la résolution de la crise alimentaire actuelle nécessite un « saut » technologique décisif.

Prabhu Pingali, Directeur délégué au développement agricole à la Fondation Bill et Melinda Gates

Prabhu Pingali a résumé le travail de la Fondation dans le domaine du développement agricole, à la fois sur le court et le moyen terme. Au sujet de la crise alimentaire, il a déclaré que « si une action immédiate n’est pas entreprise, les avancées vers les Objectifs de Développement du Millénaire contre la faim et la pauvreté seront retardées ».

Il a signifié que, sur le court terme, la Fondation trouve des moyens d’amener l’aide alimentaire dans des zones où l’insécurité alimentaire est sensible et encourage les communautés à mettre en place les actions nécessaires pour améliorer immédiatement l’accès des fermiers aux engrais. Prabhu Pingali a indiqué que le prix des engrais avait augmenté encore plus vite que celui de la nourriture. « Si nous ne prenons pas en compte le problème des engrais, nous ne verrons pas l’augmentation rapide de la productivité qui est indispensable dans les 12 à 15 mois » a-t-il ajouté.

Pour améliorer la mise à disposition des engrais et en diminuer sensiblement le coût, la fondation encourage les pays regrouper leurs efforts pour acheter des engrais en grandes quantités, a encore expliqué Prabhu Pingali. Une fois que les engrais sont plus disponibles, l’étape suivante est d’améliorer l’accès au niveau de chaque ferme, y compris par le biais de l’utilisation ciblée de programmes de coupons subventionnés pour les intrants.

« Nos partenaires, et l’AGRA en particulier, sont très impliqués dans la recherche de moyens visant à améliorer l’accès aux engrais pour chaque ferme et l’efficacité des approvisionnements en engrais en général » rappelle-t-il également.

Les investissements de la Fondation Gates ont pour objectif d’augmenter de façon significative la productivité agricole en Afrique, qui peut ensuite être utilisée comme un moteur pour réduire la pauvreté et augmenter la croissance économique.

« Notre portefeuille général de financements agricoles a été, pour les deux dernières années, autour de 800 millions de dollars dont une grande partie pour l’Afrique sub-saharienne. Ils ont été utilisés dans des domaines comme l’amélioration des cultures, les systèmes d’élevage, l’établissement de meilleurs systèmes de commercialisation, la mise en contact des fermiers avec leurs marchés par le biais de l’amélioration des chaînes de valeur » ainsi que de meilleures politiques et systèmes de données. «  Notre objectif est d’aider nos partenaires de l’Afrique sub-saharienne à atteindre une croissance améliorer de leur productivité » a indiqué Prabhu Pingali.

Il a enfin mis en évidence le fait que, alors que la Fondation fournit son soutien au développement agricole, « nous avons besoin d’investissements complémentaires importants pour les infrastructures, les routes et le transport ainsi que les systèmes d’irrigation. Pour l’avenir, il y a beaucoup à faire par le biais de partenariats bi et multi-latéraux ».